Le Fabuliste - Le conte triste pour enfants petits et grands

J'ai récemment été à Airaines, dans le cadre des 11èmes rencontres autour du livre organisés par l'association Atout Lire. Et c'est lors de cet évènement que j'ai fait la rencontre de Thierry Maricourt. Nous avons très peu discuté mais nous avons participé à une table ronde autour du livre, les débats allaient bon train, et au sortir de ce temps d'échange entre auteurs et éditeurs, il m'a fait don de deux de ses livres.

Aujourd'hui, je vais vous livrer mon retour de lecture du plus petit d'entre eux, mais sans aucun doute pas des moindres : LE FABULISTE.

Vous souhaitez me faire parvenir votre livre pour que je le chronique ? Contactez-moi !

Je ne m'attendais pas à avoir autant à dire sur ce conte triste pour enfants petits et grands. Mais j'avais préparé mon arsenal de chroniqueuse littéraire et je peux vous assurer qu'il m'a été d'une grande utilité.

De quoi parle le livre ?

"Un enfant, son papa et les autres personnes de sa vie, dans un monde moins innocent qu'il n'en a l'air. L'enfant s'invente un confident, un farfadet à qui il dit ses rêves : exercer le fabuleux métier de fabuliste et conduire un orchestre de cuivres, de cordes et de billes en verre. Hélas, le chemin des rêves est plein d'embûches quand le pouvoir devient dictature qui cherche à dévorer enfants et adultes."

Voici ce qu'en dit la 4e de couverture.

Intéressant n'est ce pas ? L'auriez-vous acheté pour votre enfant sur la seule base de cette description ? 

Avant d'entrer dans le vif du sujet, parlons un peu couverture : un carré blanc excentré sur un fond uni. Et qu'y voit-on ? Un enfant qui semble très démuni face à des adultes qui n'ont pas du tout l'air bienveillant. Les illustrations sont grotesques, presque des caricatures et ne laissent personnes indifférents.

On voit l'un des hommes barrer le chemin à cet enfant pendant qu'un autre semble s'en aller avec un complice au sourire narquois. 

Pourquoi y-a-t'il une sorte de porte document par terre ?

Encore une fois, la couverture est très simple pour attirer toute notre attention et tout notre regard sur ce fameux carré blanc. Maintenant que j'y pense, ces deux hommes ne vous font ils pas penser à des agents du gouvernement ? Ou encore à des mafieux ? Dans tous les cas, il s'agit de personnes peu recommandables que l'on serait avisé de ne pas fréquenter et d'éviter. Ce qui n'a malheureusement pas été le cas de notre jeune ami.

Avec cette lecture de l'illustration, à tous les coups, je ne l'achète pas pour ma fille (même si elle est encore très loin d'atteindre l'âge requis pour le lire qui est de 08 ans).

Après la couverture, il y a quelque chose auquel je ne m'attendais pas, une préface ! Dans un livre pour enfant !

Une préface ou un mini mini conte qui ressemble à s'y méprendre à une invitation à conscientiser. Elle ne s'adresse évidemment pas aux enfants, car quel enfant la lirait ?! Non ! Elle s'adresse à l'adulte, ce grand enfant, mais encore plus loin au papa, à ce père responsable de l'éducation de son enfant.

Un mot revient : le pouvoir. De quel pouvoir parle-t-on ? Nous allons le découvrir sous peu. D'ailleurs, l'auteur de la préface est assez drôle "Comme j'habite un pays civilisé" (c'est totalement une phrase que je pourrais sortir et que j'ai certainement déjà dite) et son écriture trop bien élaborée pour que je ne cherche pas à savoir de qui il s'agit, du moins dans les grandes lignes. 

Et bingo ! Ce monsieur Sebastien Doubinsky est écrivain. Je m'en doutais et cela a été confirmé.

Entrons maintenant dans le vif du sujet.

La première page est un coup de massue, une première réalité qui tombe sur le lecteur lorsqu'il comprend que l'enfant dont il est question n'a pas une vie facile. Ce n'est certes pas l'enfant de la misère mais il n'a tout simplement pas d'enfance au sens commun du terme. 

Le Fabuliste nous livre le point de vue d'un enfant qui vit sous un régime totalitaire, sous une dictature et c'est attendrissant de lire la manière avec laquelle il édulcore les choses tout en se questionnant sur tout ce qu'il entend, sur tout ce qu'il apprend. Il est profondément bienveillant, il essaie de comprendre les choses en se remettant en question lui plutôt que les enseignements ou les adultes qui en sont à l'origine. Il est évident qu'il n'a pas l'âme d'un rebelle malgré sa perspicacité.

Mais le problème, lorsque l'on réfléchit par soi-même dans le contexte qui est le sien, c'est que les raisonnements bateaux tombent immanquablement. C'est une entreprise très risquée dans ce genre de situation politique.

Ce jeune garçon nous raconte une partie de son quotidien comme si nous étions Lorifan, son farfadet, son journal intime. Pourquoi un farfadet et pas un confident humain ? Pourquoi un farfadet qui change de couleur ? Est-ce qu'il agit à la manière de Jimini Cricket ? Une conscience pour montrer la réelle perception du garçon ?


Jiminy Cricket - Personnage de fiction de Disney

Qu'en est-il de ses relations avec ses parents ?

Au fil des pages, le lecteur réalise que le fils ressemble davantage à ce père qui est lui aussi en quête de vérité. Sa réalité n'est pas très éloignée du quotidien de nos chers professeurs d'écoles qui, plutôt que d'enseigner, racontent des histoires à la place de l'histoire.

La mère quant à elle n'existe que pour faire des reproches et se plaindre de tout sauf du système. On est tenté de se demander comment ce père et cette mère ont finit par se mettre ensemble tellement ils semblent divergents et incompatibles. 

Une famille dysfonctionnelle, dans laquelle le père et la mère ne sont pas d'accord sur les sujets importants comme l'éducation et la loyauté finira toujours par éclater.

Un mot sur les thématiques abordées, elles sont plurielles et toutes aussi profondes les unes que les autres, j'en ai noté quelques unes qui m'ont semblées assez évidentes notamment celle de la #Dictature dont la lumière plane tout au long du conte. Elle n'est pas toute seule car sa famille avec elle : la #Trahison et le #LavageDeCerveau via une #Education qui interdit toute #Reflexion et qui brise les #Familles et les #Identités dès le plus jeune âge.

LE FABULISTE n'est pas qu'un conte triste, c'est une histoire déchirante et je suis convaincue qu'elle ne s'adresse qu'aux adultes. Quoique, si l'on fait le parallèle avec les contes de Grimm ou les contes originaux qui ont inspiré nos célèbres Films d'animation de Disney, le Fabuliste entre parfaitement dans la catégorie des contes pour enfants à morale.

Le Fabuliste fait également une opposition claire entre le ça, le moi, et le surmoi.

Ce petit garçon dont on ne connaît pas le nom, car il pourrait être n'importe lequel d'entre nous, se bat contre ses instincts, contre sa réflexion dans le but de coller aux principes de la nation, mais son éducation ne l'aide pas du tout à faire pencher la balance d'un côté ou de l'autre.

Vivre dans un monde où il est interdit de rêver, interdit de penser, interdit d'être soi, eh bien, dans la grande majorité des cas, cette société réussit à créer de parfaits clones. Mais pour une poignée de personnes, ce totalitarisme éveille des consciences, et parfois même, des fabulistes.

***

A la fin de ma lecture, je me suis demandée si le fait que son ami imaginaire soit un farfadet n'est pas une façon de nous dire que cet enfant aurait voulu être léger et frivole ? Au point de se créer un autre lui qui pourrait incarner tout ce qu'il aurait dû être en tant qu'enfant ?

Et maintenant que j'ai conscience du contenu, l'image de couverture prend plus de sens : le gouvernement totalitaire se dresse entre le père et le fils, mettant à terre leur projet d'avenir meilleur. 

Le père sait qu'il ne reviendra pas, et ce sourire qui parait malicieux n'est peut-être pas finalement adressé à son fils mais à ce gouvernement auquel il fait un magnifique pied de nez en éveillant le désir d'évasion, le désir du mieux chez ce fils intelligent. 

D'ailleurs, le rêve n'est pas perdu, il est encore là, et ce petit garçon s'en saisira assurément. 

Petit bonus parce que je suis sympa : le livre par terre est vert, la couleur de l'espérance, de la créativité, de l'éveil, mais aussi, le vert est la couleur des farfadets, ces leprechauns d'Irlande. Et ... Lorifan est un farfadet...

***

Si vous l'avez lu et recherchez le même type d'histoire, je vous recommande la saga littéraire Divergente (adaptée en film mais les livres sont nettement mieux) et le film The Giver (il s'agit également d'une saga littéraire, mais ne l'ayant pas encore lue, je ne peux la recommander).

Saga littéraire Divergente par Veronica Roth

Divergent le film

The Giver


Pour consulter articles précédents👇

Commentaires

  1. Le livre est si petit et il a l’air si grand finalement 😅
    Où est ce qu’on peut le trouver ? Je vais le lire je crois

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il est disponible à la commande en ligne, il suffit de le rechercher sur google et il y a plusieurs propositions d'achat

      Supprimer

Enregistrer un commentaire

Qu'as tu pensé de cet article ?