Stina : Un roman de Thierry Maricourt

 Thierry Maricourt est un auteur que j'ai rencontré lors des 11èmes journées autour du livre à Airaines. A cette occasion, il m'a offert deux de ses ouvrages, et je vais aujourd'hui vous livrer mon retour de lecture du second ouvrage STINA.

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Le premier des deux ouvrages étant Le Fabuliste : le conte triste pour enfants petits et grands sur lequel j'ai écrit un précédent article que vous pouvez retrouver en suivant CE LIEN.

Alors, je me suis armée de mes outils, et je me suis lancée dans cette lecture qui promettait d'être très intéressante. Je vous rassure d'emblée, je n'ai pas été déçue.


De quoi parle le livre ?

"Stina, petite fille à l'allure aussi timide qu'espiègle débarque un beau jour dans une classe, au fin fond de notre pays, et le narrateur, d'abord âgé d'une dizaine d'années, ne voit plus le monde que par elle. Contrairement à ce que pensent certains de ses camarades, qu'elle soit noire n'est absolument pas un souci. Elle va l'entraîner dans son sillage, quelque peu malgré elle, et même lorsque tous deux vivront leur vie chacun de leur côté, elle comme illustratrice pour des livres destinés à la jeunesse et lui comme "écoterroriste" les sentiments qu'ils se portent depuis leur première rencontre perdureront. Jusqu'à ce qu'à ce que les policiers s'interrogent sur sa part de responsabilité dans la tragédie qui va emporter Stina."

Voici ce qu'en dit la 4e de couverture.

Lorsque je l'ai lue, je me suis tout de suite dit qu'il s'agissait d'une tragédie et que tout allait mal se terminer. J'avoue que je me suis également demandée si c'était là, le genre dans lequel donnait l'auteur, surtout à la lecture de son précédent livre qui avait certes une fin ouverte, mais était triste tout de même.

Et je peux le dire de prime abord, je n'ai pas vu le lien entre cette 4e de couverture et la couverture. En parlant de cette dernière justement, qu'y voit-on ? 

Une vieille voiture bleue (modèle de collection certainement), propre et qui a l'air bien entretenue malgré l'endroit peu recommandable dans lequel elle semble se trouver. J'ai beaucoup aimé cette image, la voiture étant au centre, le titre du livre en évidence, le paysage en arrière-plan moins net qui permet de se focaliser sur ce qui paraît être le plus important : Stina, puis la voiture, puis le reste.

Je dois également avouer que ce n'est pas une couverture qui aurait retenu mon attention, mais à la lumière de la lecture, c'eût été un manque de clairvoyance. Bien malin celui qui aurait acheté ce livre, avec le peu d'informations données, en s'attendant au contenu qu'il livrerait. 

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Comme nous l'avait annoncé la 4e de couverture, le ton est donné dès les premières pages du roman. Le lecteur saura exactement ce qui plane sur lui tout au long de la lecture : Stina a disparu, et la dernière personne à l'avoir vue en vie est notre narrateur. Est-ce lui qui l'a tuée ? C'est la question que je me suis posée tout au long de ma lecture, et que vous vous poserez certainement si vous avez le courage de lire cette œuvre de Thierry Maricourt.

L'une des choses, pour ne pas dire la seule qui m'a fait hésité, ça a été la taille de la police du roman. J'ai trouvé un peu difficile de lire longtemps, car elle était un chouya trop petite pour moi qui souffre de myopie. Ce n'est pourtant pas l'envie de le dévorer d'une traite qui m'a manquée, mais j'ai choisi de faire preuve de sagesse et de reposer mes yeux.

STINA, comme son nom l'indique clairement, est l'histoire de ce personnage conté par son ami et amour d'enfance dont le lecteur ne connaitra jamais le nom. Ce narrateur, à la fois connu et inconnu, nous livre, au travers des pages, son journal intime dans lequel il décrit son enfance, dans lequel il parle également à Stina. Un peu comme s'il lui écrivait une lettre dans laquelle il lui expliquait, ou comme s'il tentait de se l'expliquer à lui-même, le drame qui nous a été exposé dès les toutes premières pages.

J'ai beaucoup aimé la façon dont ce roman a été écrit, il se lit vraiment aisément, et même, de façon addictive qui laisse au lecteur un sentiment de voyeurisme à force d'avoir été dans la tête du narrateur. Parce que oui, notre narrateur est également l'un des personnages principaux.

Le lecteur le découvre d'abord adulte, face aux gendarmes, puis adulte dans toute sa gaminerie, puis évoluant de l'enfance vers cette scène d'ouverture. On découvre, dans toute sa splendeur, le premier amour du narrateur envers cette petite fille de couleur. On découvre ses premières émotions en même temps que lui, le lecteur le voit évoluer et fatalement s'attache à lui, même lorsqu'il se rend coupable d'actes répréhensibles par la loi.

Le drame de sa vie aura été de perdre toutes les personnes auxquelles il s'était attaché, qu'il s'agisse de ses parents, de ses amis, de ses amours. Toujours par deux, il les perdait pour ne rester que seul avec lui-même.

Au fur et à mesure que je le découvrais, je lui trouvais des points communs avec l'auteur, curieux n'est ce pas ? Ou hasard orchestré ? Je ne saurais le dire.

D'un autre côté, il y a Stina, la Stina du narrateur, celle qui hante ses pensées, celle qu'il aime depuis sa plus tendre enfance. Son arrivée va non seulement le bouleverser lui, mais aussi tout le village. Parce que Stina, vous vous en doutez, est d'origine africaine, adoptée par un couple d'occidentaux qui vit dans un village aux habitants réfractaires au changement.

Ce cadre géographique choisi par l'auteur met en lumière plusieurs aspects de la vie en société : 

  • Les enfants sont cruels entre eux, quel que soit le lieu et qu'importe l'époque ;
  • Les parents sont totalement responsables des comportements de leurs enfants ; 
  • Les opinions et les préjugés n'évoluent que très rarement dans le bon sens.

Il dénonce également, à travers les pages, plusieurs notions telles que l'adoption - le racisme - le viol -  l'écologie. Les trois premières par le canal de Stina, et la dernière par celle de notre narrateur.

Pour en revenir à notre second personnage principal - Stina - elle est ambiguë à la manière que seules les femmes savent l'être, mais beaucoup trop tôt. A la vérité, tout ce le lecteur sait d'elle, c'est ce que le narrateur a bien voulu nous en dire, et rien ne garantit que son regard fut objectif. Ce dont nous (lecteurs) sommes certains, c'est que l'expérience traumatisante qu'elle a vécu a laissé des traces, et je soupçonne que ce fut le point de départ du drame qu'elle a vécu.

Par ailleurs, la relation entre nos deux personnages principaux était vouée à l'échec dès le départ : ils étaient beaucoup trop différents, autant l'une avait une confiance certaine en ses capacités et savait ce qu'elle voulait, autant l'autre avait un regard erroné et pessimiste sur lui tout en manquant de concentration et de confiance. Rien de moins pour créer les bases d'une relation toxique et chaotique. Mais avaient-ils seulement le choix ? Ils étaient deux parias, seuls contre ce village et ses habitants.

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A la fin de ma lecture, j'ai ressenti une profonde frustration. Entre le sort réservé à Stina et celui réservé au narrateur, je ne savais plus où me mettre.

Et malgré toute ma concentration et ma lecture approfondie, j'avoue ne pas avoir compris ce qui s'est réellement passé avec Anita et les écolos. Encore moins le rapport entre l'image de couverture et le contenu, si ce n'est un ordre de priorité évident : Stina encore et toujours, sa volvo qu'il entretient comme la prunelle de ses yeux, et le reste du monde qui n'intéresse pas notre narrateur.

Je garde en mémoire le fait que Stina ait été profondément marquée par l'agression qu'elle a subie, et ajoutée à cela, la pression artistique et familiale ... je ne peux bien sûr qu'émettre des hypothèses, mais sa fin me laisse sur ma faim.

Thierry Maricourt nous aura livré une version réaliste des contes de noël, une fin triste pour une vie qui aurait pu être meilleure.

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