Cette belle vie qui nous attend - Thierry Maricourt

 Après avoir chroniqué deux de ses précédents ouvrages : Stina et Le Fabuliste (il vous suffit de cliquer sur les titres pour être redirigés vers les articles), l'auteur m'a fait parvenir celui-ci par courrier ainsi que deux autres que je vous dévoilerai plus tard.

Je ne vous cache pas que ma PAL (Pile à Lire) est pleine à craquer !

Si vous souhaitez me faire parvenir votre livre afin que je le chronique, n'hésitez pas à me le faire savoir en remplissant ce FORMULAIRE, je vous répondrai dans les meilleurs délais.

Comme à mon habitude à laquelle vous êtes familiers, je vais prendre le temps d'analyser la couverture du livre, pour essayer de dénicher des informations cachées que l'auteur aurait pu vouloir transmettre au lecteur. Elles en disent toujours beaucoup, ou parfois pas assez mais elles disent toujours quelque chose.

Ma première impression a été "ouh la, c'est coloré mais qu'est ce que c'est glauque".  Le contraste entre le titre et l'image de couverture est effarant !

Je suis en face d'une scène qui me fait à la fois penser à l'apocalypse, à l'enfer de Dante mais aussi à un vieux film de Dracula (chauve souris oblige). J'ignore cependant si ce que l'on voit sous le ciel représente une ville ou un village mais la vivacité des couleurs laisse à penser qu'il y a un incendie, et l'idée est portée par le fait que les fenêtres ressemblent à des bougies.

Il est évident que l'image marque, que les couleurs vives et chaudes ne transmettent pas des émotions positives et que les paradoxes sont saisissants : entre le titre et l'image de couverture, entre les couleurs et le sens qu'elles dégagent.

Que me réservait donc cette lecture ?

J'en étais là, le 16 avril au soir, dans la salle de réception du théâtre Mogador, lorsque j'ai décrypté la couverture du livre, en attendant l'ouverture des portes pour aller assister à la comédie musicale LE ROI LION.

Pour la petite histoire, cette couverture qui m'avait un peu effrayée, a trouvé grâce aux yeux de ma sœur qui l'a trouvée, je cite "très jolie" à cause des couleurs. Il est donc vrai que la beauté est dans l'oeil de celui qui voit, et qu'aucune beauté n'est universelle.

A propos de l'histoire

CETTE BELLE VIE QUI NOUS ATTEND se déroule en France, à Amiens, mais pas la version de la ville que nous connaissons actuellement.

L'auteur nous plonge dans un univers post apocalyptique, dans une société archaïque, en proie à l'anarchie au sein de laquelle la mort et la folie règnent en maitre.

Et dans cette société, notre narrateur, dont le nom nous est inconnu du début jusqu'à la toute fin, nous livre une prestation fine et déroutante. Il commence par nous parler de son fils, avec tendresse mais aussi avec un espoir teinté de tristesse, la preuve de la dualité qui règne en lui et dont il nous fera part tout au long de son histoire.

Tout commence de façon très banale, jusqu'à ce que sa compagne s'en aille avec son fils. S'en suit alors une traque dans une ville polluée à tous les niveaux : l'atmosphère, l'air, la terre, les personnes et même les bâtiments.

On découvre un père qui s'inquiète pour l'avenir de son fils tout en retraçant les quelques faits à sa disposition qui ont mené à l'état actuel de la planète, à l'état actuel de ses habitants et de ce qui reste de la vie sur terre. L'histoire qu'il nous conte alterne entre le présent et un passé presqu'historique. 

Le rythme même de la narration est déroutant, tout du moins au début mais l'on s'y habitue assez rapidement si on prend la peine de lire les 62 pages d'une traite. C'est d'ailleurs une distinction, qui, au final fait sens avec l'histoire un peu étrange qui nous est racontée.

Les dialogues ne sont pas clairement marqués, de façon visuelle comme il est coutume de le faire, les marqueurs de texte sont également absents. Tout cela contribue à l'ambiguïté du texte et participe à l'étrangeté de tout l'ensemble. Je fais ma révérence à cette idée de génie : rendre le style et la mise en page participatifs à la tonalité de l'histoire.

A propos du narrateur

Tout au long de sa traque, on a l'impression qu'il poursuit une chimère. J'en suis venue à me demander si ladite compagne et le fils dont il est si fier étaient réels. J'en suis également venue à supposer qu'il n'était plus vivant et qu'il vivait une épreuve du purgatoire de l'enfer de Dante. Ou encore qu'il était bien vivant, mais en proie à une maladie mentale qui altérait son sens de la réalité.

Autant d'hypothèses auxquelles j'apprécierai une réponse de l'auteur 😅

Je me suis également questionnée sur les raisons pour lesquelles il est parti à la poursuite de sa compagne et de son fils. Que craignait-il qu'elle fasse à l'enfant ? Et lorsqu'il les a retrouvé, et qu'il a constaté qu'ils allaient tous les deux bien, pourquoi n'est-il pas simplement rentré chez lui ? Pourquoi s'acharner à vouloir les retrouver et les ramener avec lui ?

C'est un homme complexe, paradoxal, en proie à la fois au désespoir et à l'espoir, à l'amour et à l'indifférence, peu instruit mais utilisant des mots et des expressions savantes de façon correcte dont j'ai parfois dû aller chercher les définitions dans le dictionnaire.

Qui est-il vraiment ? Un homme ? Ou une mémoire collective ? Est-il seulement réel ?

A propos des thèmes 

Le champ lexical et sémantique de la mort est clairement le plus présent. Qu'il s'agisse de morts naturelles d'humains, mort de la planète, mort du système, mort de l'éco système, meurtre ... sans parler de la pensée omniprésente de la mort par la réduction de l'espérance de vie due à la perte de la qualité de l'air.

La thématique de la famille est exploitée d'une façon assez particulière. La famille composée par le narrateur, son fils et sa compagne est clairement déséquilibrée et détonne dans ce monde indifférent aux liens sociaux. Pourtant, c'est pour cette famille bancale qu'il affronte l'air et les gens pollués. Encore une preuve que l'amour d'un père ne craint rien.

Le texte est clairement orienté écologie, un cri du cœur de l'auteur pour la préservation de la planète, de l'espèce humaine qui occupe l'espace. Mais pas que, je trouve qu'il y a également un doigt pointé vers les "politiques", vers ces hommes et ces femmes de l'élite qui prennent des décisions dont les répercussions ne sont pas toujours évaluées à leurs justes conséquences.

Ces mêmes personnes qui envoient des personnes à la mort et qui, elles, restent bien au chaud, à l'abri, dans les endroits sécurisés et protégés de tout danger. 

La déshumanisation n'aurait pas commencé par eux ?

***

A la fin de ma lecture, je suis perplexe.

Le texte ne m'a pas laissée indifférente, les thèmes abordés même de façon succincte donnent à réfléchir et une projection dans ce mode post apocalyptique, post guerre est inévitable.

C'est étrange, cette lecture fait écho à la précédente LA MELODIE DU PARDON de Corneille en ce sens qu'il question, dans l'un du déclin de l'humanité et dans l'autre d'une ode à l'espoir pour mieux vivre ensemble (l'amour radical).

La catastrophe dont l'auteur parle, celle qui nait de l'intelligence  humaine, cette intelligence qui n'a pas su gérer la sauvegarde de l'espèce, cette intelligence qui n'a pas su protéger et assurer la pérennité de la terre qui contenait toutes les ressources nécessaires à la vie.

Catastrophe humaine, catastrophe écologique, fin de l'humanité et fin de la terre.

J'y trouve également un écho à INFERNO de Dan Brown dans lequel un scientifique nommé Zobrist a vu la catastrophe arriver et a pris des mesures radicales qu'il estimait nécessaires pour la contenir.

J'ai ressenti un profond élan écologique à la fin de ma lecture, certainement parce que je m'étais attachée au narrateur et que sa fin à mi-chemin entre le tragique et le salut m'a bouleversée.

En son temps, Rabelais a dit "science sans conscience n'est que ruine de l'âme", il avait raison.

***

Si vous souhaitez me faire parvenir votre livre afin que je le chronique, n'hésitez pas à me le faire savoir en remplissant ce FORMULAIRE, je vous répondrai dans les meilleurs délais.

Pour consulter articles précédents👇

***

Commentaires